Marché mondial de la réassurance : spécial renouvellement 2025

novembre 26, 2024
reassurance monde

reassurance mondeAprès la sinistralité particulièrement élevée de 2017 et des années Covid, le marché mondial de la réassurance entame les renouvellements 2025 apaisé. Le redressement des dernières années confirme la bonne santé des réassureurs dont la rentabilité est en amélioration constante depuis 2022.

Malgré les trois derniers cyclones, fin septembre et début octobre 2024, le marché affiche une bonne stabilité avec des performances financières plus solides que jamais.

A l’orée de 2025, la demande soutenue de couvertures et le recul de la sinistralité ne font que conforter la position des réassureurs. Ces derniers continuent de tirer profit des conditions de souscription avantageuses après des années de forte hausse des tarifs de réassurance.

Evolution du marché de la réassurance : 2014-2023

Chiffres en millions USD

 201420172020202120222023
Primes d'assurance (1)4 754 7104 957 5076 291 8346 764 6946 772 7537 186 174
Primes de réassurance (2)207 294267 555347 699385 696363 477378 543
Capacité réassurance (3)400 000432 000521 000571 000530 000568 000
Ratio combiné réassurance (4)89,70%110,30%104,50%96,40%96,20%91,50%
ROE (5)11,60%0,10%2,40%9%2,50%21,40%

(1) Primes assurance directe Source : Sigma
(2) Source Atlas Reinsurance Reports 2025 : étude réalisée par Atlas Magazine à partir des données de 143 réassureurs domiciliés en Europe, en Amérique, aux Bermudes, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient
(3) Source : AM Best
(4) Sources : AM Best et S&P
(5) Sources : AM Best et S&P

Tendances et cycles du marché mondial de la réassurance

Le marché de la réassurance est de nature cyclique, alternant des phases de durcissement et de relâchement, les périodes de rentabilité élevée aboutissant automatiquement à des réajustements de taux à la baisse.

Les cycles de réassurance : 2014-2024

Période 2014-2016

Durant ces trois années, le marché passe par une période faste avec un ratio combiné compris entre 89,7% et 95,3% et un ROE oscillant entre 11,6% et 8,4%.

La capacité de réassurance est alors relativement stable. Les pertes catastrophes naturelles restant inférieures à la moyenne des années antérieures, les réassureurs réussissent à maintenir des résultats satisfaisants, et ce, malgré l'affaiblissement de leur pouvoir de tarification.

Période 2017-2020

Au cours de cette période, la tendance précédente s’inverse. Trois ouragans majeurs (Harvey, Irma et Maria) déferlent sur les Etats-Unis en 2017, détériorant gravement la profitabilité de l’ensemble des acteurs. Ces trois événements qui coûtent au marché 90 milliards USD font grimper le ratio combiné des réassureurs à 110,3%.

La période 2017-2020 est ainsi marquée par :

  • une fréquence élevée de catastrophes naturelles majeures et de périls secondaires qui impacte le rendement des capitaux propres, devenus plus volatiles.
  • une capacité de réassurance (traditionnelle et alternative) excédentaire alors que la demande n'augmente pas pour absorber l’excès de capitaux.
  • l’arrivée du Covid-19 qui ébranle le marché, avec une sinistralité pandémie inconnue par le passé. Cette dernière affecte particulièrement les branches vie, maladie, risques événementiels et interruption d’activités.

Pour rétablir leur rentabilité, les réassureurs vont alors durcir les conditions de souscription : augmentation des tarifs, actualisation des termes des traités. Sont particulièrement dans le viseur des réassureurs, les risques catastrophes naturelles et pandémie.

Le cycle de correction engagé à fin 2020 entraîne une forte hausse des tarifs. Hausse maintenue durant plusieurs années.

Période 2021-2023

En 2021, le marché commence à se redresser. Le ratio combiné repasse au vert avec un gain en une année de 8,1 points (96,4% en 2021 contre 104,5 en 2020) tandis que le ROE grimpe à 9% alors qu’il n’était que 2,4% à fin 2020.

Au cours de cette période, les réassureurs rééquilibrent progressivement leurs comptes. Certains acteurs n’hésitent pas à se retirer purement et simplement de certaines branches à sinistralité élevée (risques catastrophes naturelles dans le sud des Etats-Unis), tandis que d'autres réduisent leur profil de risque tout en augmentant les tarifs.

Cette période de réduction des pertes entraîne une amélioration des rendements des capitaux propres (ROE) des réassureurs traditionnels et de ceux du marché alternatif.

Au final selon AM Best, les réassureurs enregistrent une profitabilité 2023 très élevée ; performance jamais atteinte depuis plus de dix ans. Ainsi, selon l’agence de notation, à fin 2023, les réassureurs européens ayant adopté les normes IFRS 17 réalisent un ROE de 18,6% alors que ceux établis aux Etats-Unis et aux Bermudes comptabilisent, selon la norme GAAP, un ROE de 23%.

De son côté, Standard & Poor’s estime, à fin 2023, le ROE de l’ensemble de la profession à 21,4%.

Période 2023-2024

Lors des derniers renouvellements de 2024, les analystes observent un meilleur équilibre entre offre et demande de réassurance. Le marché n’a pas connu de hausse généralisée des tarifs mais plutôt des ajustements segmentés. Des baisses de tarifs ont même été enregistrées pour certains traités n’ayant pas subi de pertes significatives au cours des dernières années.

Ce marché 2024 mieux équilibré que par le passé est conforté par :

  • l'absence de nouveaux acteurs qui a permis aux réassureurs traditionnels de conserver leurs positions sans assouplissement des conditions de renouvellement.
  • la baisse de fréquence des événements catastrophiques majeurs.

Renouvellement 2025

Le marché de la réassurance est plus que jamais serein grâce à la persistance de certains faits comme :

  • le recul de la sinistralité catastrophes naturelles aux Etats-Unis,
  • l’ajustement des stratégies en matière de capital,
  • la politique de transfert des risques et le déploiement du capital-risque,
  • la réalisation de profits et de rendements attractifs,
  • la grande marge de manœuvre des réassureurs,
  • l’existence de capacités en forte hausse.

Dans un tel environnement, la profession tentera de maintenir les tarifs à des niveaux adaptés au risque et de conserver des conditions de souscription adéquates. Toute prise de risque excessive ou de surexposition semble exclue. Le marché est bien positionné pour absorber un niveau raisonnable de pertes tout en augmentant ses capacités.

L’environnement du marché mondial de la réassurance

Le marché de la réassurance est directement impacté par la recrudescence des risques et le renchérissement des sinistres. Le changement climatique, les conflits politiques et sociaux, l’inflation, la cyber sécurité, les pandémies, l’urbanisation croissante de la société, etc. constituent autant de dangers potentiels que le marché doit surveiller.

Sur le plan réglementaire, l’entrée en application de la norme comptable IFRS 17 oblige assureurs et réassureurs à s’adapter à de nouvelles exigences et à réorganiser tout un pan de leurs activités.

Adoption de la nouvelle norme IFRS 17

A partir du 1er janvier 2023, de nombreux réassureurs ont adopté la nouvelle norme IFRS 17, principalement en Europe, en Asie Pacifique et au Moyen-Orient. Les entreprises basées aux Etats-Unis et aux Bermudes utilisent toujours les US GAAP (Generally Accepted Accounting Principles). Certains réassureurs américains, opérant à l'international appliquent cependant IFRS 17 pour les besoins de leurs filiales ou rapports internationaux.

L’impact de la nouvelle norme au niveau du capital et des résultats est au centre des préoccupations des réassureurs. Son application entraîne des changements majeurs principalement dans la gestion des bilans, des contrats et l’établissement des états financiers.

La nouvelle norme IFRS 17 a apporté plus de transparence, en alignant les principes comptables sur une évaluation plus rigoureuse des passifs et des profits. Elle a également influencé la stratégie des réassureurs en matière de gestion des risques, de tarification et de présentation des résultats.

Pour AM Best, le passage aux nouvelles normes a entraîné la disparition de nombreux indicateurs de performance clés, historiquement utilisés pour comparer les résultats au niveau international. A titre d’exemple, IFRS 17 a fait disparaître les notions de primes et de rapport sinistres à primes.

L’agence soutient cependant que ce changement de méthode comptable ne devrait pas affecter la capitalisation et la solidité globale des bilans des réassureurs. Le passage à la norme IFRS 17 ne devrait pas non plus avoir un impact majeur sur le marché.

L’évolution sociale

Des facteurs démographiques clés, tels que l'urbanisation et la croissance de la population, influent sur la demande de réassurance. De nos jours, 56% de la population mondiale réside dans des zones urbaines, qui selon la Banque Mondiale génèrent 80% du PIB mondial.

Cette concentration de l'activité économique crée un besoin croissant de produits d'assurance, notamment de couvertures vie, santé et dommages aux biens. Dans un tel contexte, les réassureurs jouent un rôle essentiel en fournissant aux assureurs primaires la capacité nécessaire pour répondre aux demandes de la clientèle, en particulier dans les régions exposées aux catastrophes naturelles.

Les problèmes de responsabilité civile

Le montant des dommages occasionnés par les polices de responsabilité civile professionnelle explose outre-Atlantique. De ce fait, les réassureurs s’inquiètent de plus en plus des dérives du coût des litiges et de défense engendrées par de telles polices.

Du fait de l’inflation, les risques de responsabilité civile aux Etats-Unis requièrent une attention particulière de la part des réassureurs, à l’instar de Swiss Re, SCOR, Everest, AXIS Capital et consorts. Ces derniers doivent renforcer leurs provisions en prévision de pertes potentielles.

Munich Re dont la branche responsabilité civile représente 40% du portefeuille du groupe est lui aussi préoccupé par la hausse des dommages sur le marché responsabilité civile, particulièrement aux Etats-Unis où un durcissement des conditions de souscription des polices est nécessaire.

Pour rappel, au cours des cinq dernières années, les pertes RC professionnelle aux Etats-Unis ont augmenté de 11% en moyenne annuelle, pour atteindre 143 milliards USD en 2023. Un montant bien supérieur aux 95 milliards USD de pertes assurées dues aux catastrophes naturelles dans le monde au cours de la même année.

La profession redoute également une augmentation des coûts des litiges au sein de l'Union Européenne au cours des cinq prochaines années en raison de :

  • l'introduction de réformes juridiques facilitant l'accès au financement des litiges par des tiers,
  • l’instauration de nouvelles réglementations facilitant les recours collectifs et la judiciarisation des litiges, notamment l'adoption de la directive européenne sur les actions représentatives
  • l'élargissement des réglementations sur la sécurité des produits,
  • la hausse du nombre de litiges liés aux dommages environnementaux,
  • l'usage abusif ou incorrect des données et de l'intelligence artificielle,
  • la croissance des risques sanitaires liés à certains produits.

De plus, l'inflation sociale est en hausse au Royaume-Uni, en Australie et au Canada, où le droit repose sur la jurisprudence.

La cybersécurité

Le risque cyber est plus que jamais présent, il constitue une menace redoutable pour les particuliers et les entreprises, quelle que soit leur taille.

Les assureurs et réassureurs ont, dès le renouvellement 2023, soulevé le problème de l’assurabilité du risque cyber dans un contexte de grande tension politique. Munich Re, le principal souscripteur de ce type de risque, a totalement exclu la cyberguerre de son portefeuille pour les renouvellements de 2025. A fin 2024, le réassureur allemand totalise tout de même 1,8 milliard USD de primes cyber.

En l’absence d’outils techniques indispensables au bon encadrement des souscriptions cyber, la plupart des acteurs du marché aborde ce risque avec prudence. Ces derniers militent pour des conditions de souscription strictes et des primes plus élevées, surtout dans les secteurs très vulnérables comme la finance, la santé et les télécommunications. A ce jour, la capacité disponible pour le risque cyber reste limitée.

L’intelligence artificielle et les nouveaux risques technologiques

Crédit photo : intelligence-artificielleL'intelligence artificielle (IA) peut accélérer la transformation de la profession. L’utilisation des nouvelles technologies représente une opportunité de développement pour toutes les activités assurance et réassurance. L'environnement des risques devenant de plus en plus complexe et difficile à quantifier, l’utilisation de l’IA peut s’avérer utile à une meilleure maîtrise des risques. Toutefois, les dérives de ce nouveau procédé peuvent être très préjudiciables.

Ces dérives concernent particulièrement l’innovation excessive avec des atteintes à la confidentialité des données, des abus réglementaires, un accroissement de la vulnérabilité des systèmes, la défaillance ou le mauvais fonctionnement de l’IA (voitures autonomes, drones, etc.).

Une bonne utilisation de l’IA requiert non seulement des mécanismes spécifiques de transfert des risques, mais également un soutien technique et une modélisation adéquate.

La sinistralité catastrophes naturelles

Les catastrophes naturelles survenues en 2023 ont engendré 250 milliards USD de pertes économiques et mis à la charge des assureurs et réassureurs 95 milliards USD de sinistres.

A elle seule, l’Europe comptabilise 109 milliards USD de pertes économiques, soit, selon le rapport Sigma de Swiss Re, la facture la plus élevée de tous les continents. Pour le vieux continent, les pertes assurées s’établissent à 27 milliards USD.

Après 2023, l’année 2024 s’annonce, elle aussi, très sinistrée avec l’ouragan Beryl qui a ouvert dès juillet et de façon prématurée la saison cyclonique dans la zone Etats-Unis, Mexique, Caraïbes. Cet événement a été suivi par deux autres ouragans, Helene en septembre et Milton en octobre, qui devraient, à eux deux engendrer, selon une estimation de Moody’s en date du 15 octobre 2024, des dommages assurés de l’ordre de 35 à 55 milliards USD.

En plus des pertes engendrées par l’activité cyclonique dans le golfe du Mexique et les Caraïbes, la profession fait face depuis 2021 à une autre série de catastrophes naturelles affectant particulièrement l’Europe. Cette région est particulièrement affectée par la multiplication des événements climatiques extrêmes, notamment les incendies de forêt (Grèce, Espagne, Portugal en 2023), les inondations et autres périls secondaires comme des tempêtes convectives sévères (Allemagne en 2021, Italie et Slovénie en 2023 et la France et tout récemment l’Espagne en 2024).

catastrophes naturellesLes pertes européennes sont amplifiées par deux phénomènes ; l’urbanisation excessive et mal adaptée aux conditions territoires et les prix élevés de l’immobilier. Notons qu’en Italie, les pertes assurées suite aux tempêtes convectives ont augmenté de 170% en 2023.

Au premier semestre 2024, les premières estimations des pertes assurées dues à ces événements naturels s’élèveraient à 60 milliards USD au niveau mondial. Ce montant est bien supérieur aux 37 milliards USD, qui représentent la moyenne de la charge sinistres des assureurs au cours des dix dernières années.

Le début de l’année 2024 a été riche en orages et événements de taille moyenne, notamment plusieurs tempêtes convectives aux États-Unis. A ce rythme, du fait du changement climatique et selon les estimations du réassureur français, la facture annuelle à la charge du marché pourrait bientôt dépasser les 150 milliards USD, soit un montant bien supérieur aux 95 milliards USD de pertes enregistrées en 2023.

Pour parer à la recrudescence des risques climatiques, la profession prône :

  • le développement de partenariats public-privé,
  • l'investissement dans des solutions de gestion des risques, telles que l'installation de barrières mobiles contre les inondations en Hongrie et en Slovaquie,
  • l’établissement de partenariats avec les assureurs afin d’améliorer la qualité des données et un meilleur transfert des risques,
  • la révision du processus de gestion des sinistres.

Les risques politiques et troubles sociaux

Un nouveau risque et non des moindres préoccupe aujourd’hui les réassureurs. Il s’agit des troubles sociaux qui dans un contexte géopolitique globalement instable, peuvent engendrer une multitude de sinistres de grande ampleur. Le terme troubles sociaux regroupe les grèves, émeutes et mouvements populaires.

Selon Swiss Re, les demandes d'indemnisation pour ce type de risques au niveau mondial ont augmenté de 3000% en 20 ans.

Parmi les troubles sociaux les plus importants des dernières années, on retrouve :

  • le mouvement Black Lives Matters, actif depuis 2013 (Etats-Unis). Ce mouvement a causé des dommages matériels à plusieurs dizaines de statues de figures contestées par les manifestants,
  • le mouvement des gilets jaunes actif depuis 2018 (France). Ce mouvement a entraîné le décès de 11 personnes et occasionné des blessures à 25 800 autres,
  • les émeutes et violences urbaines de juin 2023 (France), qui se chiffrent à 793 millions EUR pour le compte des compagnies d’assurance,
  • les troubles sociaux en Nouvelle-Calédonie en 2024 (France) dont les pertes assurées dépassent 1 milliard USD,
  • des tensions en Martinique et en Guadeloupe depuis 2009 en raison de la cherté de la vie.

Du fait de la hausse des troubles à caractère social et politique, la demande pour ce type de risque est en nette croissance. Dans de nombreux pays, la couverture des risques attentats, grèves et mouvements populaires revêt un caractère obligatoire. Cette obligation contribue à la robustesse de ce marché.

Les perspectives du marché de la réassurance

En juin 2024, AM Best a révisé à la hausse les perspectives du marché de la réassurance, les faisant passer de stables à positives.

L’agence motive cette révision par les marges bénéficiaires robustes dégagées par les réassureurs et les termes et conditions stricts imposés au marché par ces mêmes réassureurs. Cette révision drastique des prix intervient après des années de turbulences.

Pour sa part, Standard & Poor’s estime que le marché de la réassurance bénéficie de termes et conditions favorables. A partir de ce constat, l’agence maintient les perspectives stables du marché.

Toujours selon Standard & Poor’s, le secteur se porte bien, avec un niveau de rentabilité satisfaisant. Le recentrage sur la rentabilité technique, observé ces dernières années, reste le principal moteur de la croissance de la profession.

Fitch Ratings prévoit de son côté une stabilisation des tarifs de la réassurance en 2025. L’agence s’attend à un cycle de tarification à son apogée. Une hausse des prix semble donc peu probable en raison :

  • des bénéfices records affichés en 2023,
  • des conditions de souscription les plus strictes depuis plus de 20 ans,
  • une résilience accrue des bilans,
  • des revenus d'investissement stables.

Les réassureurs devraient pouvoir maintenir une discipline de souscription, malgré un marché modérément plus souple et plus compétitif, caractérisé par une capacité abondante provenant de sources traditionnelles et alternatives.


© 2025. All Rights Reserved. Groupe Atlas

HEADER STYLE
Sticky Menu
COLOR SKINS
COLOR SCHEMES