Il y a un siècle et demi, les premiers relevés de température du globe dessinaient une courbe relativement stable. Depuis, la tendance s’est nettement inversée : les onze dernières années figurent, sans exception, parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées depuis le début des relevés météorologiques en 1850. À l’échelle du climat, une telle accélération constitue un phénomène inquiétant.
Le graphique ci-dessous illustre l’évolution de l’écart moyen des températures mondiales entre les terres et les océans. Pour mesurer ce déséquilibre, les organismes climatiques internationaux utilisent un point de référence commun : la période 1850-1900, dite « préindustrielle », qui correspond à une époque antérieure à l’essor massif des émissions liées aux activités humaines.

De 1850 à 1930, les températures restent inférieures au point de référence. Le basculement s’amorce au cours des années 1940, avant de s’accélérer nettement à partir de 1980 : chaque décennie dépasse la précédente, sans exception, passant de +0,23 °C à +0,99 °C sur la période 1985-2025. En quatre décennies, la température moyenne mondiale a ainsi gagné près d’un degré.
Selon le rapport 2025 de Global Water Monitor (1), le nombre de jours de forte chaleur dépassant 35 °C augmente de 8,3% par décennie, ce qui constitue une menace pour la santé humaine, les écosystèmes et l’agriculture.
(1) Il s’agit d’un rapport scientifique annuel sur l’état du cycle mondial de l’eau en 2025. Il est produit par le consortium Global Water Monitor, qui regroupe des universités et organismes scientifiques.
https://www.globalwaterstorage.info/en/global-water-monitor-2025-increase-in-hydrological-extremes
En 2024, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint un record de 57,7 gigatonnes d'équivalent CO2, soit une hausse de 8% par rapport à la moyenne de la décennie 2010-2019. En 2025, un nouveau record est établi à 60,6 Gt CO2 en hausse de 5% par rapport à 2024, selon Climate TRACE (1). La hausse des émissions mondiales de gaz à effet de serre est principalement liée aux activités humaines.
(1) Un groupe indépendant qui surveille et publie les émissions de gaz à effet de serre
Lire aussi | Hausse des phénomènes climatiques extrêmes
Emissions mondiales de gaz à effet de serre par secteur en 2024
| Secteur | Part des émissions mondiales |
| Électricité / secteur énergétique | 27% |
| Transport | 15% |
| Industrie/énergie | 11% |
| Agriculture | 11% |
| Production de combustibles | 10% |
| Procédés industriels | 9% |
| Changement d'usage des terres (dont déforestation) | 8% |
| Bâtiments et autres | 6% |
| Déchets | 3% |
Source : UNEP’s Emissions Gap Report 2025
La combustion des énergies fossiles (production d’électricité, transport, activités industrielles) constitue le principal moteur du réchauffement climatique.
L'agriculture et le changement d'usage des terres, réunis, pèsent près d'un cinquième des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce constat est particulièrement frappant lorsque l’on considère que ces secteurs figurent eux-mêmes parmi les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement qu’ils contribuent à alimenter, notamment à travers les sécheresses agricoles et les incendies favorisés par la déforestation.
Pollution agricole et déforestation
À la différence des activités énergétiques et industrielles, l'agriculture émet des gaz à effet de serre principalement par des processus biologiques. Le méthane (2) provient notamment de la digestion des ruminants, des déjections animales et de la riziculture inondée
Le protoxyde d’azote (N2O) (3), est, quant à lui, principalement lié à l’utilisation d’engrais azotés sur les sols. Son pouvoir réchauffant est nettement supérieur à celui du CO2. Les machines agricoles et le chauffage des serres représentent une part plus limitée des émissions du secteur.
(2) Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2, mais qui reste moins longtemps dans l’atmosphère.
(3) Le protoxyde d’azote (N2O), principalement issu de l’utilisation d’engrais azotés en agriculture, est un puissant gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique.
La déforestation
La déforestation peut également aggraver localement les événements extrêmes.
Selon une étude scientifique menée sur une période de 30 ans, la fréquence des tempêtes a doublé en Afrique de l’Ouest dans les zones fortement déboisées.
La disparition du couvert forestier favorise la circulation de l’air marin chargé d’humidité, ce qui renforce les précipitations intenses.
Après un incendie de forêt, les sols brûlés peuvent également devenir plus imperméables, favorisant le ruissellement et aggravant les risques d’inondations et de crues soudaines dans les mois qui suivent.
Déforestation mondiale et principales zones touchées : 2000-2025
| Période | Principales zones touchées | Déforestation / perte forestière | Principaux facteurs | Impact |
| 2000–2010 | Amérique du Sud, Afrique, Asie tropicale | ≈ 11 Mha/an | Agriculture, élevage, conversion des terres | Forte pression sur les forêts tropicales et leurs capacités de stockage du carbone |
| 2010–2018 | Amérique du Sud et Afrique | ≈ 7,8 Mha/an | Principalement expansion agricole | Dégradation des sols et des ressources en eau |
| 2018–2020 | Afrique, Amérique du Sud, Asie | ≈ 10,2 Mha/an | Agriculture, élevage et autres changements d'usage des terres | La perte des forêts reste importante malgré un léger ralentissement |
| 2019 | Afrique subsaharienne, Australie, Amazonie et régions boréales | ≈ 123 Mha de forêts touchées par les incendies | Incendies d'origine naturelle et humaine | Dégradation des écosystèmes, perte de biodiversité et importantes émissions de carbone. |
| 2020–2025 | Afrique subsaharienne, Amérique du Sud, Asie du Sud-Est | 41 Mha de perte nette de forêts | Conversion agricole, élevage, exploitation forestière, infrastructures et incendies | Poursuite de la perte de biodiversité et de la capacité de stockage du carbone |
Mha = million d'hectares.
Sources : FAO, Global Forest Resources Assessment 2020 et Global Forest Resources Assessment 2025 ; FAO Remote Sensing Survey.





