Depuis 2022, l’intensification des tensions géopolitiques et les conflits armés ont profondément affecté l’assurance aviation, en particulier la garantie « risques de guerre ».
Face à une exposition accrue aux risques, les assureurs ont révisé leurs conditions de souscription ainsi que leurs politiques tarifaires, entraînant une hausse significative des primes dans les régions considérées comme sensibles.
Ainsi au Moyen-Orient, suite au déclenchement des derniers événements armés, les coûts de couverture ont fortement augmenté depuis fin février 2026. Pour certains contrats, les primes ont été multipliées par plus de cinq par rapport à leur niveau d’avant crise.
D’autres zones à risque extrême font également l’objet de restrictions sévères, voire d’exclusions de couverture. C’est notamment le cas de l’Ukraine, de certaines régions de Russie, ainsi que de la Syrie et du Yémen, qui sont considérés par les assureurs comme des « excluded areas ».
Ces espaces deviennent de facto inaccessibles pour l’aviation civile dans la mesure où il n’est plus possible d’y assurer les avions et les passagers.
Niveaux des primes assurance « risques de guerre » par région (2022-2026)
En % de la valeur de la coque
| Région | Prime 2022 | Prime 2026 | Évolution 2022/2026 |
| Ukraine | 0,10% | Exclue | - |
| Russie (partielle) | 0,02% | Exclue | - |
| Iran / Irak | 0,03% | 0,15 % – 0,25 % | 500% |
| Israël / Liban | 0,05% | 0,20 % – 0,35 % | 450% |
| Syrie / Yémen | Exclue | Exclue | |
| Pakistan (période de conflit) | 0,01% | 0,08 % – 0,12 % | 800% |
| Pays du Golfe (transit) | 0,01% | 0,03 % – 0,06 % | 350% |
| Afrique du Nord (Libye) | 0,03% | 0,05 % – 0,10 % | 200% |
| Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) | 0,01% | 0,02 % – 0,04 % | 200% |
| Moyenne mondiale | 0,00% | 0,005 % – 0,01 % | 100% |
Source : FlySafe, plateforme d'analyse des risques aériens
Sous l’effet de la dégradation du contexte géopolitique mondial, le volume des primes risques de guerre aviation a enregistré une forte progression, atteignant près de 1,8 milliard USD en 2025 contre environ 380 millions USD en 2021.
Au-delà de son rôle indemnitaire, l’assurance des risques de guerre influence directement le transport aérien international. Les niveaux de primes et les conditions de couverture affectent le choix des itinéraires, la rentabilité des liaisons et, plus largement, l’organisation du trafic aérien mondial.
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Conflit du Moyen-Orient : impact sur le transport aérien
Le conflit armé au Moyen-Orient, déclenché le 28 février 2026, a fortement perturbé le transport aérien mondial. Des tensions sur l’approvisionnement en carburant, une flambée du prix du kérosène (+120% au pic de la crise), des détournements d'itinéraires ont entraîné une hausse significative des coûts d'exploitation des compagnies aériennes. Ces perturbations pèsent sur la rentabilité des transporteurs et accroissent les incertitudes opérationnelles à l'échelle mondiale.
Dans ce contexte, le marché de l'assurance aérienne s'est nettement durci. Outre l'augmentation des primes liées aux risques de guerre, des restrictions de garanties et des majorations tarifaires ont été également opérées sur les polices responsabilité civile passagers et tiers.
Cette dégradation de l’environnement a incité les assureurs à activer bien souvent les clauses de révision ou de résiliation à court préavis. En conséquence, certaines liaisons aériennes traversant des zones à risque ont vu leur couverture d’assurance limitée, voire annulée.
Face à cette situation et afin d’atténuer les risques, plusieurs mesures ont été annoncées par les autorités concernées :
- certains vols vers le Moyen-Orient ont été suspendus et les flottes ont été redéployées hors des zones impactées par le conflit. Cette baisse de la concentration d’aéronefs dans les régions à risque a permis de limiter l’exposition potentielle des assureurs à des pertes importantes et d’éviter un scénario catastrophe,
- les autorités européennes ont temporairement suspendu la règle des slots (les horaires précis attribués à une compagnie pour faire décoller ou atterrir un avion), afin de limiter les conséquences financières et opérationnelles de la crise. Cette mesure a permis aux compagnies aériennes d'annuler préventivement des milliers de vols sans risquer de perdre leurs créneaux dans les principaux aéroports,
- la Commission Européenne a qualifié la pénurie de carburant de « circonstance exceptionnelle ». Cette décision a permis d'exonérer les transporteurs de l'obligation d'indemniser les passagers pour les vols annulés, réduisant ainsi une source importante de pression financière sur le secteur.
Guerre Ukraine-Russie : saisie de plus de 400 avions
À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le marché de l’assurance aviation a été confronté à l’un des plus importants sinistres de son histoire récente.
À partir de mars 2022 et en réponse aux sanctions occidentales, les contrats de leasing conclus en Russie avec des bailleurs internationaux ont été rompus.
Les autorités russes ont maintenu sur leur territoire plus de 400 aéronefs (principalement des Airbus et Boeing) appartenant majoritairement à des entreprises de leasing étrangères. La Russie a procédé à leur appropriation et exploitation par les compagnies locales.
Cet événement a déclenché une série de déclarations de sinistres au titre des garanties «hull all risks» et «war risk». Les assureurs ont alors été sollicités pour la prise en charge de la perte totale des appareils, désormais considérés comme irrécupérables en l’absence d’un règlement politique ou diplomatique.
Les pertes cumulées sont estimées entre 10 et 15 milliards USD. À ce montant, s'ajoutent les frais de justice et d’indemnisation pour les loueurs et les constructeurs.
En 2026, de nombreuses procédures judiciaires opposent toujours les compagnies de leasing aux assureurs, faisant de cette affaire l’un des plus importants sinistres de l’histoire récente de l’assurance aviation.
A noter que plusieurs accords ont été conclus entre les bailleurs occidentaux et les assureurs russes (notamment NSK). Ces derniers ont permis le transfert de propriété d’environ 100 aéronefs. La majorité de la flotte, estimée à 300 appareils, demeure toutefois confisquée.





