Cartographie des risques catastrophes naturelles en Afrique

juin 19, 2026
Desert

Le continent africain est exposé à divers aléas naturels comme les inondations, la sécheresse, les cyclones, les séismes et les glissements de terrain dont la fréquence et l'intensité augmentent d’année en année.

Selon Munich Re, les pertes économiques liées aux catastrophes naturelles en Afrique s’élèvent à 2,9 milliards USD en 2025, contre 3 milliards USD en 2024 et 14,65 milliards USD en 2023. Le taux de pénétration de l'assurance catastrophes naturelles reste inférieur à 1% pour la plupart des risques climatiques.

Catastrophes naturelles : bilan des pertes économiques et assurées dans le monde en 2025

Au niveau mondial, les dommages économiques liés aux catastrophes naturelles atteignent 224 milliards USD en 2025, dont 108 milliards USD de pertes assurées. Les pertes humaines s’élèvent, quant à elles, à 17 150 décès.

Pertes économiques et assurées en 2025 par continent

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 Amérique du Nord, Amérique centrale et CaraïbesEtats-Unis uniquementAmérique du SudAsie-PacifiqueEuropeAfrique
Pertes économiques (en milliards USD)1331184,273112,9
Pertes assurées (en milliards USD)9388<0,58,95,3<1
Nombre de décès66037030013 600902 500

Source : Munich Re, Natural disasters in 2025

Catastrophes naturelles : bilan des pertes économiques en Afrique

L’Afrique enregistre 75 catastrophes naturelles en 2024 (1), ce qui représente 19% de l’ensemble des événements recensés à l’échelle mondiale. Le continent concentre également 14,6% des décès liés aux catastrophes naturelles.

Les pertes économiques restent limitées, soit seulement 1,3% des dommages occasionnés dans le monde.

Selon la Coalition for Disaster Resilient Infrastructure (CDRI) (2), les pertes annuelles moyennes aux infrastructures en Afrique s’élèvent à 12,7 milliards USD, dont 68,7% imputables aux inondations et 27,7 % aux séismes. Trois pays concentrent les pertes annuelles moyennes les plus élevées à savoir l'Afrique du Sud (1,7 milliard USD), le Nigéria (1,1 milliard USD) et l'Algérie (1 milliard USD).

(1) Rapport 2024 du Centre de Recherche sur l'Epidémiologie des Catastrophes (CRED)
(2) «Infrastructure Resilience in Africa» : rapport publié en 2025 par Coalition for Disaster Resilient Infrastructure ; une organisation internationale créée pour renforcer la résilience des infrastructures face aux catastrophes naturelles et au changement climatique

Pertes économiques et assurées en Afrique

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AnnéePerteséconomiques
(en millions USD)
Pertesassurées
(en millions USD)
Décès
20252 900<12 500
20243 000<0,52 500
202314 654,30<110 912
202210 468,70ND2 515
2021893,6ND733
20202 100ND1 581
20194 047,50ND2 723

ND: non disponible

Source : Munich Re NatCatSERVICE : factsheets NatCAT Stats 2024 et 2025 (Full-Year)

Principaux risques catastrophes naturelles en Afrique

D’après le World Risk Report 2025, 80% du continent est classé en zone à risque élevé ou très élevé, ce qui en fait la région la plus vulnérable au monde.

Les inondations sont la principale cause de mortalité catastrophes naturelles en Afrique, devant la sécheresse qui est, pour sa part, l’aléa affectant le plus grand nombre de personnes.

Les inondations

Les inondations regroupent les crues fluviales, les inondations urbaines par ruissellement et les submersions liées aux pluies torrentielles ou aux ondes de tempête.

En Afrique, le CRED enregistre 793 inondations au cours de la période 2002-2021, soit une hausse de 180% par rapport aux 20 années précédentes (1982-2001). Ces événements ont occasionné 14 053 décès cumulés sur la période.

Les zones les plus exposées sont l'Afrique de l'ouest et l'Afrique centrale (bassins du Niger, du Congo, du Sénégal), l'Afrique de l'Est (Soudan, Kenya, Tanzanie, Somalie) et certaines régions d'Afrique australe (KwaZulu-Natal, vallée du Zambèze).

Les principales inondations concernent :

  • la saison des pluies 2025 qui a frappé 13 des 18 provinces du Soudan, pays déjà confronté à une crise humanitaire majeure depuis le début du conflit armé en avril 2023. Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les inondations ont aggravé la propagation du choléra, avec plus de 51 200 cas et 1 356 décès depuis le début de l’année 2025.
  • les crues survenues entre juin et octobre 2024 : deux pays sahéliens ont concentré les pertes humaines les plus lourdes du continent : le Tchad avec 576 morts et le Niger avec 396 décès (3).
  • les inondations du Nigéria de juin à octobre 2022, qui ont touché 33 provinces sur 36 et causé 6,68 milliards USD de dommages, selon la Banque Mondiale.
  • la catastrophe du KwaZulu-Natal d'avril 2022, qui a fait plus de 430 morts à Durban et causé 3,7 milliards USD de pertes économiques, selon Swiss Re.

(2) CRED, 2024 Disasters in Numbers.

La couverture du risque inondation

Sur le continent africain, le risque inondation est rarement couvert par une police spécifique. La garantie est généralement incluse dans les contrats multirisques habitation, dommages aux biens d'entreprise ou multirisques agricoles.

L'African Risk Capacity (ARC) (4) a mis en place en juin 2023 le « Flood Risk Insurance », premier mécanisme paramétrique d'assurance inondation à l'échelle du continent. Cette couverture est actuellement disponible à Madagascar, au Mozambique, au Malawi, en Côte d'Ivoire, au Ghana et au Togo.

(4) African Risk Capacity est une agence spécialisée, créée en 2012 par l'Union Africaine pour aider les pays africains à faire face aux risques catastrophes naturelles.

La sécheresse

La sécheresse correspond à un déficit prolongé de précipitations, entraînant une diminution des ressources en eau et un impact sur l'agriculture, l'élevage et la sécurité alimentaire. Il s’agit de l'aléa naturel qui affecte le plus grand nombre de personnes sur le continent.

Les zones les plus exposées sont la Corne de l'Afrique (Éthiopie, Somalie, Kenya), le Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) et l'Afrique australe (Zimbabwe, Mozambique, Malawi, Madagascar).

Le rapport 2024 du CRED mentionne qu’entre janvier et mars 2024, la sécheresse a touché plus de 25 millions de personnes en Afrique australe principalement en Zambie (9,8 millions de personnes affectées), au Zimbabwe (7,6 millions) et au Malawi (6,1 millions). Cet épisode de sécheresse est l’un des événements ayant affecté le plus grand nombre de personnes dans le monde en 2024.

Pour le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA), la sécheresse qui a touché la Corne de l'Afrique, entre 2020 et 2023, représente l’épisode le plus long jamais enregistré dans la région. Ce phénomène a mis 31,9 millions de personnes en situation de détresse humanitaire et entraîné la mort de 13,2 millions de têtes de bétail. Au Kenya, les pertes liées au cheptel sont estimées à plus de 1,5 milliard USD.

Sur la période 2002-2021, le CRED recense 137 épisodes de sécheresse intense en Afrique, entrainant 20 821 décès et affectant environ 295 millions de personnes, soit cinq fois plus que les inondations.

L'assurance sécheresse

La couverture du risque sécheresse repose principalement sur des mécanismes d’assurance paramétrique, qui déclenchent automatiquement une indemnisation lorsque certains indicateurs prédéfinis (pluviométriques, données satellitaires ou état de la végétation) atteignent des seuils critiques.

Au niveau des gouvernements africains, African Risk Capacity (ARC) propose depuis 2014 une couverture contre la sécheresse. Cette dernière a permis de mobiliser plus d'un milliard USD de garanties et de protéger près de 100 millions de personnes dans 39 États membres.

Au niveau agricole, plusieurs opérateurs spécialisés interviennent notamment :

  • l’Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd (ACRE Africa) qui a fourni une protection à 1,5 million d'agriculteurs pour un montant total de couverture de 180 millions USD,
  • Pula, insurtech spécialisée dans l’assurance agricole, présente notamment au Kenya, en Tanzanie, au Mozambique, en Zambie, en Ouganda, en Éthiopie et au Nigéria,
  • la Compagnie Nationale d'Assurance Agricole du Sénégal (CNAAS) créée en 2008. L'État sénégalais détient 36% du capital de la CNAAS et subventionne 50% des primes.

Avec un taux de pénétration inférieur à 3%, l'assurance agricole en Afrique subsaharienne demeure très faible.

Cyclones tropicaux

Les cyclones tropicaux sont des phénomènes dépressionnaires intenses formés sur les eaux chaudes de l'océan Indien. Ils s'accompagnent de vents violents, de pluies torrentielles et de submersions marines.

Les pays les plus exposés sont Madagascar, le Mozambique, le Malawi, le Zimbabwe, les Comores, Mayotte, Maurice et, dans une moindre mesure, la Tanzanie.

Au cours des dernières années, trois principaux cyclones se sont abattus sur l’Afrique :

  • le cyclone Idai, mars 2019, qui a causé la mort de 1 303 personnes et affecté plus de 3 millions d’autres au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi. Les coûts de reconstruction sont évalués, par la Banque Mondiale, à 4,3 milliards USD ;
  • le cyclone Freddy, février-mars 2023, qui a fait 1 209 morts au Malawi ;
  • le cyclone Chido, décembre 2024, dont les pertes économiques totales sont estimées par Gallagher Re, à 3,9 milliards USD. À Mayotte, la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) a évalué les pertes assurées entre 650 et 800 millions EUR (675 à 831 millions USD), un montant qui n'inclut ni les dégâts aux infrastructures publiques, ni les pertes non assurées. Au Mozambique, le même cyclone a fait 120 morts, détruit environ 110 000 habitations et affecté 700 000 personnes dans la seule province de Cabo Delgado.

La couverture des cyclones

Pour les particuliers comme pour les entreprises, le risque cyclone est généralement couvert par les contrats multirisques habitation ou dommages aux biens. Au niveau des pays, ARC propose « Tropical Cyclone », une garantie qui complète les mécanismes nationaux. En octobre 2025, ARC a versé 5,4 millions USD au Mozambique pour faire face aux conséquences de la sécheresse de 2024 et 2025 et du cyclone Chido.

Séismes

En Afrique, les séismes se concentrent principalement dans la vallée du Grand Rift Est-Africain et en Afrique du Nord. Selon la Coalition for Disaster Resilient Infrastructure (CDRI), les séismes représentent 27,7% des pertes annuelles moyennes affectant les infrastructures africaines.

Les zones les plus exposées sont :

  • le Maroc : nord-est du pays : Al Hoceima, Nador, région du Rif et le sud-ouest : Agadir,
  • l'Algérie : Alger et le long de la bande littorale : les régions de Chlef, Boumerdès, Béjaïa et Constantine,
  • l'Égypte : le long de la mer Rouge, du golfe de Suez, du golfe d'Aqaba,
  • l'Éthiopie : le long du Grand Rift éthiopien, notamment dans les régions de l'Afar, de l'Oromia et de l'Amhara,
  • la Tanzanie : le nord-ouest (région du Lac Victoria), la vallée du Rift occidental, la vallée du Rift oriental et la région de Mbeya.

De magnitude 6,8, le séisme d'Al Haouz (Maroc), survenu le 8 septembre 2023 dans la région du Haut Atlas marocain, a causé 2 946 décès et 7 milliards USD de pertes économiques. Le plan de reconstruction mobilise 120 milliards MAD (environ 11,7 milliards USD) sur la période 2023-2028.

Assurance tremblement de terre

Dans la majorité des pays africains, le risque sismique est couvert dans le cadre des contrats multirisques habitation ou dommages aux biens.

Au Maroc, le tremblement de terre figure parmi les aléas couverts par le régime « Evénements Catastrophiques » instauré par la loi 110-14 (5). Le séisme d'Al Haouz représente en fait le premier véritable test de ce dispositif, après la déclaration officielle de l’état de catastrophe naturelle en octobre 2023.

En Algérie, un régime catastrophes naturelles existe depuis 2003. Ce dernier couvre notamment le risque sismique mais reste optionnel pour les particuliers.

(5) Le régime « Evénements Catastrophiques » a été promulgué le 25 août 2016. Il est entré en vigueur en janvier 2020.

Tempêtes terrestres et glissements de terrain

Les tempêtes terrestres regroupent les pluies torrentielles, les orages violents et les vents extrêmes hors cadre cyclonique. Les glissements de terrain et coulées de boue sont généralement consécutifs à des épisodes pluvieux intenses ou à une saturation des sols. Selon le CDRI, les glissements de terrain représentent 0,5% des pertes annuelles moyennes causées aux infrastructures.

Parmi les événements les plus dévastateurs figurent :

La tempête Daniel : Survenue en septembre 2023 en Libye orientale, la tempête a provoqué la rupture de deux barrages en amont de la ville de Derna. Selon la base de données mondiale sur les catastrophes EM-DAT, l'événement a causé 12 352 victimes incluant près de 8 000 disparus et 6,2 milliards USD de pertes économiques.

Les glissements de terrain de la province du Sud-Kivu de mai 2023, en République Démocratique du Congo. Cette catastrophe a fait près de 500 décès officiellement enregistrés par les autorités, plus de 5 000 personnes disparues, 3 000 maisons totalement détruites et environ 15 000 personnes directement sinistrées.

Le glissement de terrain survenu le 31 août 2025 au Soudan, consécutif à plusieurs jours de pluies torrentielles. La catastrophe a entièrement détruit le village de Tarasin, dans les monts Marrah (Darfour central), faisant plus de 1 000 morts selon les autorités locales. Pour Munich Re, cet événement figure parmi les quatre catastrophes naturelles les plus meurtrières au monde en 2025.

Couverture du risque glissement de terrain

En Afrique, les glissements de terrain et coulées de boue ne font pas l'objet de polices d’assurance spécifiques. Lorsqu’ils sont couverts, ces événements sont inclus d’une manière indirecte, dans les contrats multirisques habitation, à condition que l’événement déclencheur, comme des pluies intenses, soit lui-même assuré.


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