La réassurance africaine
En Afrique, le rôle de la réassurance dépasse les enjeux purement techniques et financiers. Pour des pays relativement jeunes à la recherche d'un modèle économique cohérent, le contrôle de cette activité, source de transfert de devises, constitue un instrument de souveraineté. D’où une batterie de textes réglementaires encadrant l’accès des compagnies étrangères aux marchés nationaux d’assurance et de réassurance.
Résultat, cette politique souverainiste fragmente les marchés. Elle fragilise ses acteurs qui font déjà face à d’énormes contraintes comme la faiblesse des primes d’assurance directe et le nombre élevé d’intervenants.
Hors Afrique du Sud, le taux de pénétration et la densité d'assurance varient de faible à très faible dans la quasi-totalité des 53 autres pays africains. De ce fait, 51 réassureurs se partagent une prime modique. Déjà soumis à la dictature de la notation et aux restrictions d’accès aux marchés voisins, ces mêmes réassureurs doivent également faire face à la concurrence internationale. Quatre des plus grands acteurs sont, en effet, installés en Afrique du Sud, marché très connecté au Lloyd's de Londres.
Résultat, en 2024 les 48 réassureurs africains recensés par « Atlas Magazine » souscrivent 6,269 milliards USD, soit 1,6% du total mondial.
De plus, le marché africain de la réassurance est très concentré avec les 10 premiers réassureurs qui souscrivent 73% des primes du continent alors qu'au niveau mondial, les 10 premiers ne comptabilisent que 59% des primes.
Peu de primes donc à partager entre beaucoup d’acteurs qui disposent de peu de moyens financiers et de capacités pour rebondir sur d’autres continents.
En conclusion, le marché africain de la réassurance est à un carrefour. Il est confronté à des défis structurels de taille. Le renforcement des capacités locales passe par une levée des barrières d'accès et une coopération continentale, ce qui n'exclut pas de futures fusions et acquisitions.





